Pourquoi nos émotions sont des messagères et non des ennemies
Nous avons parfois tendance à considérer nos émotions comme des obstacles. La colère nous encombre, la tristesse nous plombe, la peur nous paralyse… Beaucoup aimeraient « ne plus rien ressentir », s’anesthésier le cœur pour ne plus être perturbés. Et si les émotions étaient au contraire des alliées ? Et si elles n’étaient pas nos ennemies, mais des messagères précieuses venues éclairer ce qui, en nous, demande attention ? C’est précisément ce que nous allons aborder dans cet article.
Les besoins humains : la source invisible
Abraham Maslow*, psychologue, et Virginia Henderson* infirmière et enseignante/chercheuse, ont été les premiers a démontrer que l’homme est un être de besoins*. Des besoins multiples, variés, parfois contradictoires, mais toujours présents. Les besoins physiologiques d’abord : manger, boire, dormir, respirer, se reposer, qui conditionnent notre survie la plus élémentaire. Puis les besoins de sécurité : se protéger des dangers, éviter la douleur, évoluer dans un environnement stable, sans lesquels la vie devient insécure. S’y ajoutent les besoins d’appropriation et de maîtrise, lorsque nous cherchons à comprendre, à contrôler, à posséder savoirs et objets. Viennent ensuite les besoins d’appartenance : à une famille, une communauté, une société, qui nourrissent notre humanité relationnelle. Puis les besoins d’estime, lorsque nous cherchons reconnaissance, dignité, statut. Ceux d’estime de soi, enfin : autonomie, compétence, sentiment d’utilité. Et au sommet, les besoins de réalisation : donner un sens à sa vie, évoluer, ouvrir son champ des possibles.
Ces besoins, qu’ils soient vitaux, affectifs, psychologiques ou spirituels, sont le socle invisible sur lequel s’érige notre existence. L’homme a besoin d’y répondre. Et s’il n’y parvient pas, naît alors la frustration. Et au travers d’elle : l’émotion.
C’est là qu’apparaît la clé : l’émotion, loin d’être un obstacle, devient le langage de nos besoins.
L’émotion : une enveloppe à ouvrir
Un de mes professeurs** disait :
« L’émotion est une enveloppe, le message est à l’intérieur ».
En tant que thérapeute, je constate chaque jour à quel point ce changement de regard libère mes clients : quand ils cessent de voir leurs émotions comme des ennemies, ils commencent à se réconcilier avec eux-mêmes.
Car chaque émotion prend racine dans la rencontre, ou la non-rencontre, entre un besoin et une situation. Lorsque le besoin est satisfait, une paix intérieure s’installe, un sentiment d’harmonie apparaît. Étancher une soif, apaiser la faim, s’étendre après une journée harassante : autant de petits instants de grâce où le corps et l’esprit respirent ensemble. Mais lorsque le besoin reste insatisfait, alors l’émotion surgit. La contrariété, la peur, la colère, la tristesse apparaissent comme des signaux.
Lorsque, pour vous sentir aimé.e, vous avez besoin que votre conjoint.e communique régulièrement avec vous, 24h sans messages peuvent déclencher colère, tristesse ou ressentiment… Ainsi, la peur peut naître du besoin de sécurité menacé. Le sentiment de solitude peut découler du besoin d’appartenance non comblé. La rancœur peut éclore lorsque le besoin d’estime de soi est ignoré. Et si un être cher nous dit « Je t’aime », c’est une multitude de besoins tels que reconnaissance, sécurité émotionnelle, appartenance par exemple, qui trouvent soudainement un écho lumineux en nous.
Nos émotions ne viennent pas de l’extérieur. Elles ne nous sont pas imposées par les situations. Elles naissent de nous, comme des messagères intérieures qui nous révèlent ce qui est vital pour notre équilibre.
De la réaction à la responsabilité
Il est tentant d’accuser les autres de nos émotions, de dire : « tu m’as mis en colère » ou « tu m’as rendu triste ». Et pourtant, ce n’est pas l’autre qui dépose en nous la colère ou la tristesse. Elles naissent en nous, insidieusement, dès qu’un besoin essentiel n’a pas trouvé satisfaction. L’autre ou le contexte ne sont en fin de compte que des révélateurs de ce qu’il me manque ou au contraire me satisfait.
Reprendre cette responsabilité n’est pas toujours confortable, mais c’est la voie de la liberté intérieure. Car si je perdure à croire que l’autre est responsable de mon état émotionnel, je reste sa « victime » et je demeure impuissante. Mais si je reconnais que mon émotion m’appartient, alors je peux en écouter le message, comprendre mon besoin, et choisir une réponse (ré)ajustée. C’est à cet instant précis que l’émotion cesse d’être un fardeau et devient une boussole.
Du jugement à l’écoute de soi
Qui n’a jamais insulté un conducteur trop lent, pesté contre un enfant qui nous met en retard, ou maudit un contretemps comme si l’univers entier s’acharnait contre nous ?
En réalité, ces jugements ne sont que le masque de nos besoins contrariés. La lenteur de l’autre réveille notre besoin de maîtrise du temps, le retard de quelqu’un heurte notre besoin de respect ou de fiabilité par exemple. Lorsque nous refusons d’écouter les messages intérieurs que nous distillent nos émotions, nous recherchons des coupables à l’extérieur. Nous jugeons : « c’est bien », « c’est mal », « il a tort », « elle a raison ». Nous collons des étiquettes hâtives.
Mais si au lieu de juger, nous tournons notre regard vers l’intérieur, alors tout change. Nous comprenons que l’agacement naît en nous parce que nous sommes pressés, parce que nous sommes attachés à certaines valeurs comme « ne pas être en retard ». L’autre, ce conducteur trop lent, ne fait que conduire à son rythme pour se garantir de son propre besoin de sécurité. Et cet enfant qui a oublié son cartable à la maison, en train lui-même d’apprendre la vie, était peut être trop stressé par nos éclats de voix pour y penser. Alors soudain, un espace intérieur peut s’ouvrir : celui de la tolérance, de l’empathie, de la bienveillance.
La pleine conscience émotionnelle
Communiquer dans la pleine conscience de ses émotions, c’est s’exercer à ce retournement intérieur. Non plus pointer du doigt l’extérieur, mais s’interroger :
- Qu’est-ce que cette émotion cherche à me dire ?
- Quel besoin est touché en moi ?
- Comment puis-je l’exprimer sans accusation ?
Plutôt que de vouloir les étouffer ou les fuir, nous pouvons apprendre à les accueillir comme des guides. Elles ne sont pas toujours confortables, mais elles sont précieuses : elles indiquent nos valeurs, nos limites, nos aspirations profondes. Alors la colère n’est plus une arme, mais un signal de réajustement. La peur n’est plus une faiblesse, mais une invitation à sécuriser un espace. La tristesse n’est plus un fardeau, mais un rappel de ce qui compte profondément pour nous. Quand je comprends que je suis triste parce que mon besoin de lien n’est pas nourri, je peux chercher à en créer. Quand je reconnais ma colère comme le signal qu’un besoin de respect est bafoué, je peux poser des limites. Quand j’éprouve de la gratitude, je peux voir clairement ce qui donne sens à ma vie et choisir de l’honorer davantage. Je ne subis plus : je deviens agissante.
Plus nous écoutons nos émotions comme des messagères, plus nous devenons capables d’exprimer nos besoins sans violence, et plus nous entrons dans une communication authentique, respectueuse, pacifiante. Avec nous-mêmes d’abord, puis avec les autres.
En conclusion : faire la paix avec nos émotions
Nos émotions ne sont pas des ennemies. Elles ne viennent pas pour nous perturber, mais pour nous éclairer. Elles nous rappellent que nous sommes vivants, sensibles, reliés à un tissu de besoins fondamentaux.
Faire la paix avec elles, c’est cesser de les subir et commencer à les écouter. C’est reconnaître que derrière chaque émotion se cache un besoin, et derrière chaque besoin, une chance de mieux se connaître et de vivre plus aligné.
Alors, la prochaine fois qu’une émotion surgit, avant de la juger, demandez-vous : « Quel message essaie-t-elle de me transmettre ? »
*Pour approfondir, voir notamment les travaux d’Abraham Maslow (1943) et de Virginia Henderson (1947) sur les besoins fondamentaux : Maslow • Henderson • La pyramide des besoins.
**Denis Bridoux, NLP/Neuro-Semantics (NLP Master Trainer & Neuro-Semantics Trainer). Auteur de « Découvrir et Utiliser Votre Intelligence Emotionnelle » (2004), co-auteur de « 7 Steps to Emotional intelligence » (2000). J’ai eu le plaisir de l’avoir comme professeur durant 2 ans à l’Institut Briefer à Genève, en Suisse.
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Je vous accueille en séance individuelle, en présentiel ou en distanciel (visio Zoom, Google meet ou WhatsApp), pour un accompagnement sur-mesure, respectueux de votre rythme et de votre unicité.
Un seul prérequis : être prêt.e à accueillir vos émotions non plus comme des ennemies, mais comme des alliées. Venir avec la curiosité de découvrir les besoins qu’elles révèlent et la volonté sincère d’apprendre à communiquer à partir d’elles.
Vous pouvez visualiser mes disponibilités et prendre votre rendez-vous grâce au planning de réservation ci-dessus, ou bien :
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