Popularisée par Jon Kabat-Zinn sous le nom anglais de mindfulness, la pleine conscience me semble plus tenir de l’état d’être que de la pratique « imagée » de la méditation, c’est à dire avec Zafu, bougie, mudra et position du lotus. Méditante pratiquante depuis plus de 10 ans, avec je l’avoue tout le tralala détaillé en amont pour m’accompagner, il me semble désormais, et avec l’expérience, que c’est surtout la pratique de la pleine conscience qui m’a le plus aidé à trouver sérénité, équanimité et une distance juste malgré les tumultes de la vie.
Mais comment la pratique-t’on concrètement et que cela peut-il bien vous apporter ?
La pleine conscience est donc un état d’être, l’état d’être pleinement présent et conscient à ce que l’on fait. Le fameux « moment présent » de Maître Eckhart Tollé. Combien d’entre nous ont l’esprit ailleurs pendant que nous conduisons, passons l’aspirateur, découpons des légumes ou mangeons… A la fois le corps présent et agissant comme un robot, l’esprit à des kilomètres de la situation présentement vécue. Pour la plupart, nous ne mangeons pas notre orange ou notre crème glacée. Nous mangeons le programme télévisuel que nous regardons pendant que nous portons à nos lèvres quartiers juteux ou cuillerées gourmandes. Il peut même arriver que nous arrivons à la fin du pot ou de notre fruit sans s’en être vraiment rendu compte, tellement absorbé par autre chose : télévision, discussion ou dispute autour de la table, rêverie, scrolling sur le portable…
« Ainsi passent mes heures » comme le dit la chanson, au rythme entêtant de notre mental qui nous emmène toujours ailleurs : dans ce passé parfois fustigé, quelques fois nostalgique mais pourtant bien révolu, dans ce futur à venir et pourtant bien hypothétique, et dans tous ces moments où l’on s’oublie dans des écrans diffusant une vie pourtant bien virtuelle.
La pratique de la pleine conscience c’est revenir à ce que l’on fait, ici et maintenant, en faisant taire ce mental si prompt à tout étiqueter. Je suis toujours émerveillée de voir à quel point lorsque je coupe des légumes, mon geste ralentit et s’apaise lorsque je reviens pleinement dans le moment présent : couper mes légumes. A quel point l’intention favorise l’attention. A quel point l’attention génère l’implication, comme ces enfants qui se concentrent pour ne pas dépasser les lignes de leurs coloriages. A quel point l’implication génère de la satisfaction, celle d’être en osmose avec ce qui se passe là, bien loin des cavalcades du mental : « pourquoi m’a t’elle dit cela hier ?! », « ai-je bien signé le carnet de bord de mon fils ? », « pourquoi m’a-t’il quitté ?! Après tout ce que j’ai fait pour lui ! », « je n’en peux plus de ce travail »…
Revenir à ce que l’on fait, poser l’intention de vivre pleinement l’action sans rien y ajouter, ni de « ça me plait de couper mes légumes » ou de « j’ai autre chose de plus intéressant à faire », c’est d’une certaine manière renaître à Soi. Un soi silencieux, non jugeant, distancé de tout avis favorable ou pas. Juste « Être », une sorte de « Je Suis » ultime, sorti de toutes identifications. Aller dans la forêt et regarder un arbre majestueux sans se dire « Wouaw cet arbre est majestueux » non, juste le contempler. Voir son enfant faire le pitre dans la maison et le regarder pleinement, sans attention sur le bruit, les gesticulations, ses raisons. Juste être présent à ce qui est, ce qui se présente lorsque cela se présente et ne rien ajouter de plus.
C’est précisément ce « plus » qui nous rend malade. Malade de nos propres commentaires intérieurs, qu’ils génèrent émotions explosives de joie ou de peur panique. Ce ne sont que les faces d’une même pièce. S’accrocher à la joie c’est générer la peur de la voir disparaître. S’attacher au sentiment amoureux, c’est générer la peur de le voir s’estomper ou de voir l’objet de son attachement s’en aller. S’accrocher, s’attacher, est l’équivalent de chevaucher ce mental galopant et se laisser embarquer dans des commentaires intérieurs sur tout. Il nous fait oublier l’essentiel, ce fameux « Je suis ».
Revenir à l’instant présent c’est se démunir de toutes nos identifications, de tous nos rôles cachés derrière tous nos « je suis ceci » et « je possède cela ». Des identifications multiples auxquelles on s’agrippe pour faire comme tout le monde : se sentir être de ce monde, intégré, valorisé, reconnu.
La pratique de la pleine conscience permet de dissoudre ce grossier mensonge que nous nous racontons en permanence à nous même, nous sort, le temps de sa pratique, de nos rôles de mère ou père de, fille ou fils de, de nos appartenance à une classe, de nos acquisitions, de nos loisirs, de nos métiers, de nos cultures, de nos désirs inassouvis, de nos besoins irrépressibles. De nos croyances sur ce qu’il convient de vivre, sur ce que nous serions capable de faire, sur ce que nous aimerions devenir. Autant d’identifications qui nous collent à la peau. Et pourtant, si vous les perdiez toutes, vous seriez encore là. Mais qui seriez-vous alors ?
Et si les cavalcades de notre mental n’étaient pas des ruses pour s’éviter de se poser cette question et prendre alors le risque de tout remettre en question ? Se rendre compte de nos croyances erronées ? S’éviter de s’avouer que nous n’avons nourri que le « faire » à la place de l' »Être », ou alimenté un « Être » emprunté à défaut d’un « Être » authentique ?
Vous pourriez toujours me répondre « Et alors, dans le fond ce n’est pas tellement grave, il n’y a pas « mort d’homme » et vous auriez raison.
Mais sans conscience de cet « ici et maintenant » où finalement tout se joue véritablement, n’y aurait-il pas « mort de Vie » ?
La gratuite, toute simple, qui ne demande aucun d’effort pour être. Un peu à l’image de cette graine qui germe et qui devient pâquerette. Aucun besoin de réfléchir durant toute sa croissance à ce qu’elle aura envie de devenir : lys, iris ou rose. Elle sera ce qu’elle a toujours été, une simple fleur, au milieu de millions d’autres fleurs, sans se comparer, ni se dévaluer, ni exiger quoi que ce soit de plus que le droit de vivre telle qu’elle est.
La pratique de la pleine conscience permet simplement, et comme le dit magnifiquement Jeff Foster dans ce livre éponyme, de « Tomber amoureux de ce qui est ».
Comme quoi parfois, couper des légumes peut changer toute une vie 😉

J’adore !
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