L’invitation au respect

De Soi pour l’Autre, de l’Autre pour Soi

Nous sommes ce que nous sommes et avons tous de bonnes raisons de l’être. Ce que nous sommes est conditionné par ce que nous pensons, ce que nous pensons est conditionné par notre vision du monde, elle-même conditionnée par ce que nous ont appris à voir dès l’enfance, les personnes qui peuplaient notre entourage.
Notre façon de répondre à notre environnement immédiat, le monde, est donc directement liée à la façon dont nous le voyons. Si nous l’estimons dangereux ou que nous ayons acquis, lors de notre jeunesse ou par le biais de notre entourage immédiat, qu’il l’était, alors notre vision du monde et donc des autres, peut être emplie de méfiance, d’agressivité, d’attaque, de nécessité de fuite.
Si au contraire nous l’estimons bienveillant, un peu comme ces personnes taxées de vivre dans un monde de « Bisounours », il devient plein de richesses et de promesses, de potentialités et d’espérance toujours renouvelées. Nous embrassons la vie, les autres, avec curiosité, envie, plaisir et un profond sentiment de sécurité intérieure.

Il y a autant de visions du monde qu’il y a d’individus, toutes corrélées à l’histoire et au vécu de chacun. Et nous sommes éminemment respectables, quoi que nous voyons, quoi que nous pensions, qui que nous soyons.

Il arrive parfois que notre vision du monde soit peuplée de peur d’abandons, de peur des autres, de peur d’échecs mais aussi de réussites aux prix que nous estimons, consciemment ou non, trop lourds.

Il se peut aussi, selon notre vision du monde, que nous ayons involontairement malmené nos proches. Que nous leur ayons offert un amour « conditionnel » (cf. L’art du bien vivre à deux, Armelle Viala).
Parfois et pour des raisons de souffrances personnelles extrêmes, nous les avons en partie détruit, pensant peut-être qu’en les réduisant symboliquement – mais parfois plus dramatiquement : physiquement – au « silence », ils nous appartiendraient à jamais. C’est pour certain une façon « vitale » de se sécuriser tant ils sont fragiles, vulnérables, et si inconscients de l’être.

Nous avons le droit au respect malgré notre possible « toxicité », tant nous ne maîtrisons pas toujours ce « qui » nous sommes, du moins pas tant que nous ne sommes pas devenus spectateurs de nos peurs et des comportements que ces dernières déclenchent en nous.

Le respect de soi commence par là : devenir spectateur de soi-même pour se découvrir acteur de ses comportements.
Respecter ce « qui » nous sommes en comprenons pourquoi nous le sommes devenu.
Respecter nos peurs, en respectant le fait qu’elles ont été « construites » pour nous protéger de ce monde que nous voyions dangereux.
Respecter les stratégies que nous avions mis en place pour nous « défendre ». Quoi que nous ayons fait aux autres, que nous fussions extrêmement toxiques ou pas, nous l’avons été parce que lors de ces moment précis nous n’avions pas d’autres stratégies psychologiquement disponibles. Il s’agissait pour nous de la moins mauvaise réponse.
Respecter également l’idée que nous nous étions trompés concernant notre vision du monde, tant axés sur nos peurs, sur ce que pensions être la vérité. Tellement sûr de trouver dans le monde ce que nous croyions de lui que par le seul fait du biais de confirmation, nous sélectionnions involontairement et uniquement ce qui venait confirmer nos certitudes, éliminant d’emblée tout ce qui aurait pu nous faire changer d’opinion.
Combien d’entre-nous se plaignant auprès d’un proche d’une situation quelconque, ne s’est pas vu balayer d’un revers de main les tentatives de notre interlocuteur pour nous montrer la situation sous un angle nouveau ? Parfois, rester sourd à la réévaluation d’une situation peut être plus confortable que de devoir repenser des années de fonctionnement.
Accepter cette possible erreur de vision, c’est accepter de laisser une place vacante à l’autre pour qu’il puisse enfin parvenir à nous dans ce qu’il est et non plus dans ce que nous croyons qu’il est.

Le respect de soi se prolonge par le respect de l’autre : comprendre, tout comme nous le comprenons pour nous-même, que l’autre a une bonne raison d’être ce qu’il est, de penser ce qu’il pense, de vivre ce qu’il vit. Il ne nous appartient pas de juger de la pertinence de ses choix ni de ses modes de vie, tout comme personne n’a à juger la pertinence des vôtres.

Armelle Viala

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