Je suis toujours merveilleusement émue de croiser le regard d’un enfant…et parfois ce croisement de routes intérieures crée une douce collision, une plongée en eau profonde dans l’océan de l’autre. Point besoin de constat dans ce genre d’accident, la rencontre s’impose dans cette profondeur de l’innocence d’un cœur qui n’a pas encore eu le temps d’être « abymé ».
Les enfants ont cette beauté de l’authenticité, la curiosité à vif et le cœur palpitant pour de l’infime magnifique où tout prend la définition de miracle : une goutte d’eau, une pétale de rose, une fourmi égarée… Tout est Innocence en eux. Et dans sa traine de mariée suit immanquablement sa soeur confiance. Regardez les tendre les bras, les mains, les lèvres vers la nouveauté… tout entier suspendu et offert à la découverte, vides de nos sacs à dos de méfiance, de nos montagnes de peurs, de nos paquebots de jugements duels sur ce qu’il conviendrait de faire ou d’être… Vides de notre propension croissante à se désintéresser de la simplicité du réel.
Quel gâchis de ne pas s’agenouiller devant ces anges venus nous apprendre l’essentiel. Quel gâchis et quel manque d’humilité. Ils sont Liberté, et au nom de la nôtre, nous leur imposons les murs grisâtres des cellules de nos vies misérables. Nous sommes, je crois, censés veiller sur eux. S’enrober le cœur et l’âme de bienveillance pour eux. Au lieu de cela, nous les veillons mal…et ce faisant, sommes alors si près de la malveillance.
Dans le fond, n’est-ce pas eux qui tentent désespérément de veiller sur nous ? En tâchant inlassablement de nous rappeler à l’ici et maintenant. De nous raccommoder avec le miracle de l’existence, avec cet usage indécent de la liberté qu’ils s’autorisent malgré les digues que nous leur imposons. La plupart du temps de force. Qu’elle soit psychologique ou physique, elles sont de toutes façons un désaveu de ce qu’ils sont : l’Amour inconditionnel s’exprimant en tout, partout, pour tout.
Jusqu’à ce qu’un jour, nos propres conditions suspensives à l’Amour aient complètement brisé leur innocence, leur confiance, leur liberté d’être et d’expérimenter. Heureux que nous sommes alors ! Nous les avons enfin raisonné. Fait rentrer dans le rang. Grâce à nous ils auront une situation. C’est encore mieux si elle est « bonne ». Et si en plus elle leur fournit un bon salaire avec plan de carrière bien ficelé alors…voilà qui sera parfait.
Nous en aurons fait de bons petits soldats de cette société consumériste à l’extrême, où les avidités individuelles foulent au pied les intérêts collectifs, où les avidités collectives saccagent le seul sol disponible qui nous ait été confié… Mais dans ce tout « qui se jette et se remplace » sans diagnostic préalable, qui se souvient encore qu’il existe des trésors inestimables : notre terre.
Notre ardeur.
Notre cœur.
Notre capacité à aimer.
