« Je n’ai pas compris ce qu’il m’était arrivé » m’expliquait M. « Je suis arrivée à notre premier rendez-vous (avec J.) très sûre de moi. Je venais de boucler un dossier très compliqué, avais obtenu la signature d’un contrat qui représentait pas mal d’argent, j’étais satisfaite, fière, bref, une vraie working girl. J’ai senti dans son regard comme une forme d’admiration…nous avons discuté pendant des heures, de grands débats avec de vraies confrontations de points de vue, c’était vraiment extra. Nous avons donc décidé de nous revoir très vite. Et là, la cata ! Déjà à la maison, je n’arrivais pas à trouver de tenues dans lesquelles je me sentais belle et désirable. Une fois face à lui, je me suis comme… ratatinée. J’abondais systématiquement dans son sens, je souriais bêtement même face à des idioties caractérisées, j’avais comme perdu tout sens de la répartie et mis de côté ma vivacité d’esprit pourtant professionnellement reconnue. J’étais tout simplement devenue « idiote ». Je l’ai senti se distancer petit à petit, et plus il semblait reculer plus je tâchais de faire profil bas, de devenir adorable, gentille, serviable à l’extrême. Je l’inondais de messages… et moins il répondait, plus j’en envoyais. Et un beau matin il a complètement disparu. J’ai tenté d’avoir une explication, l’ai appelé plusieurs fois mais tombais systématiquement sur sa boite vocale.«
Comment une personne à priori sûre d’elle, peut devenir dans certaines situations, un individu totalement effacé, n’osant plus affirmer sa personnalité, allant parfois jusqu’à nier ses propres besoins et perdre toute estime de soi ?
J’appelle cela « le piratage de personnalité ». Comme si une partie de vous, inconnue et bien enfouie en temps normal, surgissait d’un seul coup et vous faisait perdre toute substance. L’explication est à chercher dans le type d’attachement parental qui vous a été offert durant votre enfance. Il en existe plusieurs types dont on doit le descriptif à la psychologue Mary Ainsworth, papesse de la théorie de l’attachement. Il existe deux grands types d’attachement :
- L’attachement sécure, le plus optimal, correspondant à un enfant dont au moins un des parents ou tuteur, aura répondu de façon sereine et adaptée à ses besoins physiques et psychologique. L’enfant est reconnu dans ses besoins qui sont donc comblés.
- L’attachement insécure, correspondant à un enfant dont les parents ou les tuteurs, pour des raisons leurs appartenant, n’ont pas reconnu ni répondu aux besoins de l’enfant, ou l’ont fait de façon partielle et non systématique. L’enfant ne s’est donc pas senti dans un environnement sécurisant.
Une fois devenu adulte, cette partie « enfant insécure » continue d’exister en soi malgré toutes les stratégies de compensation développées pour fonctionner à peu près normalement jusqu’à l’âge adulte. Mais dans certaines situations à fort enjeu émotionnel, telle que peut l’être une rencontre amoureuse, cette partie « enfant insécure » ressurgit soudainement, envahissant la psyché de la personne concernée qui devient alors spectatrice impuissante d’un « autre » soi qu’elle ne peut pas contrôler.
Dans le cas de M., une séance fut dédiée à entrer en contact avec cette partie « enfant insécure » grâce à l’outil de « Négociation des parties de personnalités » propre à la P.N.L. Il est émouvant de constater à quel point cette partie de soi, aussi fragile et en demande d’amour soit-elle, tente à sa façon lors de ces émergences soudaines, de protéger l’adulte que nous sommes devenus en continuant à appliquer les stratégies passées, devenues pourtant inadéquates. Mais comme cela avait du sens dans le cas de M. !
En effet, son enfance et adolescence furent passées dans une famille dysfonctionnelle, dont la composante principale était l’absence de reconnaissance de ses besoins affectif dont les demandes étaient considérées comme “non fondées”, avec une mère à tendance narcissique ayant une relation “objectisé” à l’autre, cet autre étant ainsi réifié (transformer en chose) et se devant d’être au service de la satisfaction des besoins de sa mère. Chaque tentative d’affirmation de soi était source de punitions psychologiques : colères noires, déni, injonction paradoxale, humiliation ou culpabilisation “avec tout ce que je fais pour toi, voici comment tu me remercies !”
Dans cette famille, M. n’avait pu trouver en son père un support efficace pour développer une sécurité affective suffisante, lui-même étant totalement effacé, « inexistant » selon M., et régulièrement humilié devant ses enfants. « Il est mort d’un cancer quand j’étais adolescente et je lui en ai voulu des années de m’avoir abandonnée toute seule avec elle« . M. a donc dû trouver des stratégies de compensation pour survivre psychiquement dans cet environnement : ce fut d’étouffer ses besoins et sa personnalité pour tenter de répondre aux attentes de sa mère tout en évitant le plus possible de déclencher son rejet ou sa colère.
Et c’est exactement ce qu’à fait sa partie « enfant insécure » lorsque M., après sa rencontre avec J., a envisagé une relation amoureuse. Surgir et envahir la psyché de M. avec la seule stratégie qu’elle connaissait : se suradapter, se conformer, nier ses besoins, et surtout, ne rien faire qui pourrait déclencher rejet ou colère. Une stratégie qui aura finalement fait fuir J.
